
Dernière étape de mon voyage en Colombie, Los Cerros de Mavecure a été l’expérience la plus unique et authentique que j’ai vécue depuis le début de mon voyage. 4 jours dans la jungle colombienne à la frontière du Venezuela; 4 jours entourés de communautés indigènes éloignées; 4 jours de découvertes de paysages sauvages divers et variés : montagnes, savane, tours en barque sur le fleuve amazonien. J’aurai certainement du mal à retranscrire exactement mes émotions mais je vais essayer d’aller au plus proche de ce que j’ai vécu pour que vous vous évadiez avec moi quelques instants en Amazonie…
Je suis arrivée à l’aéroport Puerto de Inirida vendredi 2 novembre et ai rencontré le couple avec qui j’allais passer 4 jours: 1 française, Coralie, et 1 espagnol, Martín, de 24 ans. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur eux car à ma grande surprise, nous n’avions pas de guide parlant anglais, uniquement des gens qui vivaient dans les communautés que nous avons intégrées. Si le couple ne parlait pas espagnol, je n’aurais rien compris étant donné que l’accent des indigènes équivaut à l’accent texan et qu’ils utilisent des mots comme les nordistes diraient wassingue au lieu de serpillère…même Martín avait du mal de temps en temps ! Bref, c’est parti pour 2h de barque sur le Río Guaviare en direction de la première communauté dans laquelle nous allions passer la nuit. Wahoo. Surprenant: un camp de 300 personnes vivant dans des maisons faites tout en bois, de leurs propres mains et qui peuvent tenir 15 ans (la nôtre en avait 12). Pas d’électricité, pas d’évacuation de l’eau. L’eau arrive par de très grandes cuves perchées à plusieurs dizaines de mètres d’altitude. 1 toilette au fond du jardin, une douche qui n’est autre qu’un grand réservoir dans le jardin dans lequel on trempe un sceau qu’on se verse sur le corps et pour se brosser les dents, une petite casserole d’eau et on crache par terre.




N’ayant pas d’électricité et vivant à 2h de barque de la première ville alentour, ils n’ont donc pas de réfrigérateur. Au menu chaque jour: poisson, riz et manioc. Ils pêchent toutes les nuits entre minuit et 2h du matin pour avoir du poisson frais le lendemain. C’était de loin le meilleur poisson que j’ai dégusté de toute ma vie. Et le manioc cuit, j’adore ça ! Seul moment un peu angoissant: quand ils nous disent le menu du petit dej’ : soupe de poisson frais et café. 🤢🤮. Belle pensée pour mes deux frères à ce moment-là en riant à l’idée de voir aussi leur tête ! Je me suis excusée mille fois en leur disant que la soupe de poisson je ne pouvais pas, c’était plus fort que moi, pas au petit dej, please…on me propose donc de l’Arepa (spécialité colombienne : mini galette à la farine de manioc), saupoudrée de sucre, un vrai régal !
Départ vers 16h pour notre première promenade au bord du Cerros de Mavecure. Le Cerros de Mavecure est le nom de la montagne très connue qui borde la communauté. Notre guide tient une machette à la main, je suis hyper rassurée ! La nuit commence à tomber pendant que nous grimpons des roches à quatre pattes tellement les pentes sont verticales. Nous redescendons dans le noir, lampe frontale autour du crâne en nous aidant de cordes pour ne pas glisser. L’aventure commence ! Nous marchons ensuite à travers les bois où nous croisons tranquillement un beau serpent rouge et étonnamment ça me fait beaucoup moins peur qu’une araignée…
Au programme de la soirée: douche (enfin plutôt « renversement de casseroles d’eau dehors dans le noir »), dîner poisson, dodo. Je dors seule cette fois avec une grande moustiquaire au-dessus du lit en me disant que rien ne peut m’arriver. Évidemment, je me lève comme chaque nuit pour aller aux toilettes, cette fois dans le noir au fond du jardin. Je respire, les chiens sont là pour monter la garde et si je vois une araignée au pire je cours. Pas d’araignée, je retourne me coucher tranquillement.
Réveil 6h, petit dej. Mes acolytes me disent « hummm tu es sûre que tu ne veux pas de soupe de poisson ? Elle est trop bonne ! » SÛRE ET CERTAINE, pas de débat ! Même si j’aurais aimé honoré le fait que le chef était allé les pêcher cette nuit…
Départ 7h30 pour grimper le Cerros de Mavecure et avoir une vue extraordinaire sur les montagnes, les fleuves et la forêt. Cette fois c’était de l’escalade, la photo ci-dessous vous montre la montagne que nous avons montée. Regardez le sommet que nous avons escaladé. Il est totalement à la verticale.

Aïe aïe aïe on y est arrivé. En visuel: du blanc, que du blanc rien que du blanc. Nous étions dans les nuages. Je leur dis que je ne redescends pas tant qu’on n’a pas vu les montagnes haha ! Heureusement 5min plus tard c’est dégagé. Vue incroyable, difficile de prendre des photos équivalentes à ce que j’avais devant les yeux. C’était magique.
On redescend on prend la barque pour aller se rafraîchir sur une petite plage sauvage qui donne sur le fleuve. Un vrai bonheur, d’autant plus que c’est de l’eau douce, c’est encore plus agréable.



Déjeuner à 12h30, départ 14h pour la seconde communauté, à 1h de barque. Je discute avec le chef avant de partir et lui demande comment ils font, sans moyen de communication, pour savoir quand des groupes de touristes viennent chez eux. Il me dit qu’ils ne le savent pas, que des touristes arrivent toute la journée et qu’ils doivent simplement se tenir prêts à les accueillir. Wahoo, je suis impressionnée…
La seconde communauté est encore plus pauvre que la première : une centaine de personnes, jeunes et plus vieux, dorment tous dans des hamacs au bord de l’eau avec seulement un toit pour les protéger, ouvert sur l’extérieur. Pas de douche, cette fois on se lave directement dans le fleuve. Un toilette sans évacuation pour toute la communauté. Idem pas d’électricité. Nous avons la chance d’être dans une maison avec chacun un lit et une moustiquaire…
Départ 15h30 en kayak pour aller découvrir la forêt amazonienne sur l’eau. Là c’était absolument FANTASTIQUE, j’avais l’impression d’être dans un Disney en 3D. L’eau du fleuve étant totalement noire et immobile, l’ensemble des plantes sortant de l’eau se reflétaient dans l’eau comme un miroir. Du coup il n’y avait pas de frontière entre les plantes et l’eau, on avait simplement le sentiment de voler au-dessus des arbres renversés. C’était dinguissime. 2h de kayak en pleine magie, j’ai adoré. J’espère que les photos retranscrivent bien la beauté surréaliste du paysage.


Au retour, je décide d’aller « me doucher » dans le fleuve. Je me retrouve entourée d’un père de famille qui se lave tranquillement à côté de moi, de ses enfants qui s’amusent dans l’eau et de son épouse qui fait une lessive au même endroit. Gênée au début je demande si je peux me laver là, ils s’étonnent de cette question si évidente, du coup je me lance. C’est très gênant de se laver comme ça devant tout le monde et surtout à côté d’un Colombien d’une cinquantaine d’années ! Le coin douche se trouvant être le port où amarrent les barques, je ne me sens pas très très propre mais bon, c’est le jeu !
Nettoyage fluvial terminé, le chef nous annonce qu’il y a une messe évangéliste organisée le soir-même. Quasiment tout le monde y participe, on entend des chants et des discours. Pour être allée voir des messes gospel à Harlem et découvert une messe évangéliste ici, je me dis que si nos messes catholiques françaises étaient aussi joyeuses que celles-ci alors j’irai peut-être plus souvent à l’église !
Nous dînons à 18h, mais cette fois c’est un enfer, jamais vécu une chose pareille. Malgré nos manches longues et nos répulsifs à moustiques, nous sommes envahis d’une centaine de moustiques qui rôdent autour de nous et nos assiettes. C’en est trop, je m’énerve, je prends mon assiette et je n’ai d’autre choix que d’aller m’enfermer sur mon lit, protégée par ma moustiquaire. Je passe le reste de la soirée à lire dans mon lit en attendant que la fatigue arrive et je m’endors. Je suis alors réveillée toute la nuit par les aboiements des chiens. En effet, ils montent la garde et aboient dès qu’ils voient le moindre petit animal aux alentours. Mais puisqu’on est en pleine forêt, évidemment qu’il y a des animaux tout le temps. Les chiens ne se fatiguent pas eux, et aboient toute la nuit. Réveil très très compliqué le lendemain ! J’avoue avoir été très très tendue au réveil mais je prends sur moi, les Arepas au sucre m’attendent !
Départ 7h30 pour la route du miel. Le responsable des ruches nous fait découvrir les différentes variétés d’abeilles inoffensives qui fabriquent soit de la cire noire, soit du miel. J’avoue que ça ne m’a pas transcendé mais bon, ça n’a duré qu’une heure et c’était sympa de voir à quoi ressemblait de la cire d’abeille et de pouvoir goûter un peu de miel tout frais.
Nous quittons la communauté à 9h direction le dernier endroit où nous allions dormir, à 2h de barque environ, encore plus proche de la côte vénézuélienne. Nous retrouvons le couple qui nous a accueilli à l’aéroport qui nous emmène dans un gîte perdu au milieu de nulle part mais bien plus confort que ce qu’on a vu ces 3 derniers jours. Nous avons une vraie salle de bain avec de vraies toilettes, wouhou, le luxe ! Au programme d’abord, petite baignade en eau douce couleur rouge sang, c’est assez impressionnant et très agréable, on se repose un peu et on se rince. On part à travers la forêt amazionienne pour aller faire de l’accrobranche à 20 mètres de haut. On monte soi-même via une longue corde, c’est très très endurant. Une fois là-haut, wahoo c’est grandiose et impressionnant. Comme en accrobranche on traverse des ponts en bois, on admire les oiseaux et on redescend. Très sympa !


Retour le lendemain matin pour Bogota où pour une fois je me fais plaisir: je me réserve une nuit dans une chambre privée avec lit double, douche eau chaude et toilettes pour moi toute seule. Je découvre la joie de mettre de côté le dortoir juste pour une nuit ! Il faut savoir se faire plaisir 😉
Ce que j’ai retenu de cette expérience est que, plus que les paysages magnifiques que j’ai vus, vivre au milieu des communautés indigènes est une expérience si enrichissante qu’on réalise à quel point on a de la chance d’avoir la vie qu’on a. On se plaint de temps en temps pour des petites choses sans importance : « oh non je suis dans la rangée du milieu dans l’avion » (au moins tu n’as pas 2h de barque pour arriver dans la ville la plus proche); « ma 3g marche trop mal je suis en edge » (au moins tu as un téléphone); tu organises une soirée à 20h30, les invités arrivent à 21h30 « ils auraient pu arriver à l’heure ! » (au moins tu sais qu’ils vont arriver); « le matelas était un peu dur » (au moins tu as un lit); « la pression du pommeau de douche n’est pas assez forte » (au moins tu ne te laves pas dans un fleuve »). Bref plein de petites choses comme ça qui nous permettent de relativiser sur la vie ! Attention, cette expérience ne plaira certainement pas à tout le monde, il faut savoir prendre sur soi et accepter de mettre de côté tout confort pendant quelques jours, savoir se dépasser, avoir chaud et rester sale, ne pas comprendre leur dialecte, etc. Moi j’ai adoré !
Petite vidéo récap de ces 4 jours hors du temps…
YESSSS super article ! pleins de bons conseils 😉 merci à toi
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